12/02/2022
Les Enchanteurs
"Elle est une somme de personnes, un palimpseste de conscience non reliées les unes aux autres. "
Nouk, double fictionnel de Geneviève Brisac , jeune adulte, milite à gauche, milite pour les droits des femmes, obtient l'agréation et entre dans le monde de l'édition, le tout avec une déconcertante facilité.
La rebelle qu'elle affirme être va néanmoins devoir dès lors composer avec un monde d'hommes où l'on entretient sciemment la compétition entre les femmes. Femmes qui composent un, je cite" harem" où les éditeurs, présentés comme charismatiques, n'ont qu'à piocher au gré de leurs envies...
Favorite un temps, puis délaissée et passée au crible lors de séances dignes des procès staliniens, Nouk semble enchaîner les situations traumatiques, situations qui ,de plus ,la renvoient à son adolescence.
Je me réjouissais de prendre des nouvelles de Nouk mais je suis un peu déçue par ce texte qui se focalise uniquement sur les relations au sein du milieu de l'édition, sans qu'on comprenne vraiment en quoi consiste le métier d'éditeur, tant tout semble survolé.
La vie personnelle de Nouk , en dehors du travail, n'est que peu mentionnée, ce qui donne peu de chair à son personnage et c'est dommage.
Il n'en reste pas moins que la violence des relations de pouvoir est clairement décortiquée et qu'on sort un peu groggy devant tant de sexisme, d'âgisme pleinement assumés au nom de la sacro-sainte rentabilité.
Éditions de l'Olivier 2022.
06:00 Publié dans romans français | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : geneviève brisac
11/02/2022
Les secrets de ma mère...en poche
"Une sensation électrique sur ma peau, mes mains et mes pieds. Je ne me sentais pas triomphante Mais, d'une manière assez intéressante, je me sentais plus libre. Passer mon temps à attendre et à vouloir, voilà qui avait été mon état naturel. Désirer plutôt que d'avoir les tripes de réaliser mes propres souhaits."
Rose, la trentaine, n'a encore rien fait de sa vie. Elle est engluée dans une relation qui ne la satisfait plus et peine à savoir ce qu'elle veut vraiment. Jusqu'au jour où son père, qui l'a élevée seul, lui remet deux romans d'une autrice qui est la dernière personne à avoir vu la mère de la jeune fille avant que celle-ci ne disparaisse sans donner signe de vie.
Cette romancière avec qui sa mère a vécu une histoire d'amour pourra-t-elle aider Rose à se lancer sur la piste de cette mère insaisissable ?
La quête maternelle va bientôt se muer en quête identitaire et cela ne sera pas sans conséquences sur de nombreuses existences.
Alternant les époques, Les secrets de ma mère est un roman confortable, sans réelle tension, les personnages privilégiés par Jessie Burton n'étant pas à mon avis les plus intéressants. Facile à lire et... à oublier.
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jessie burton
Tant qu'il y aura des vaches
"Dès cette époque, une bulle s'était formée entre elles et moi, qui comme par une clôture, nous séparait du reste des hommes."
Larguée brutalement, une jeune journaliste free lance se passionne soudain pour les vaches et dévore jusqu'aux ouvrages les plus techniques les concernant.
Pourquoi une telle passion? Est-ce juste pour détacher son esprit de son ex amoureux ou cette fixation sur les bovidés remonte-t-elle à une source plus lointaine ?
Nous suivons dans les plus intimes méandres de son esprit cette jeune femme dont la passion soudaine risque fort de lui faire perdre contact avec la réalité...Un roman fort plaisant qui s'amuse au passage avec les expressions ayant trait aux vaches dans ses titres de chapitres.
Comment résister à cette magnifique couverture quand on est ,comme moi ,une fan des vaches ? Merci donc à Babelio et à l'autrice (qui a accompagné cet envoi d'une très gentille lettre et de timbres choisis avec soin).
06:00 Publié dans romans français | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : patricia martel
10/02/2022
Requiem
"Or, ce qui rend la vie supportable, c'est de pouvoir oublier."
Jonas quitte Reykjavík et se réfugie dans un village des fjords de l'Est de l’Islande. Là, il note dans un carnet de moleskine toutes les musiques qu'il entend dans les bruits du quotidien : ronronnement du réfrigérateur, bruits de moteurs etc. Mais il ne cesse de minorer cette création et ne se revendique jamais comme compositeur.
On comprend petit à petit que sa vie de rédacteur publicitaire lui pèse , que son couple se délite et qu'un drame les a frappés : "Pourquoi nul ne s'enquiert de Joakim ? ". Comme autant de petit cailloux semés au fil du texte, les indices de cette souffrance jamais clairement énoncée apparaissent. Car c'est bien là le problème: Jonas ne peut parler à parler de choses importantes.
Il s'enfonce de plus en plus dans la solitude et les pertes successives jalonnent son parcours. Son identité elle-même peu à peu s'efface et cet itinéraire,tout en retenue, n'en devient que plus poignant. Un roman où quelques pointes d'humour (souvent noir) émergent d'une tonalité mélancolique et prenante. Un grand coup de cœur qui file sur l'étagère des indispensables.
Traduit de l'islandais par Catherine Eyjolsson. La Peuplade 2022
Du même auteur: clic
06:00 Publié dans l'étagère des indispensables, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : gyrdir eliasson
09/02/2022
Sorcière
Alors qu'un peu partout dans le monde ,des sorcières reçoivent des excuses officielles des autorités pour des supplices inutiles, "A partir des années 60, les mouvements féministes occidentaux régénèrent cette figure ancestrale en l'extirpant de son univers onirique. Elle devient le symbole du pouvoir féminin que redoute la société patriarcale".
Alix Paré, dans cet ouvrage s'attache à présenter dans 40 notices des œuvres picturales offrant différentes facettes de cette femme fatale, tantôt séduisante, tantôt effrayante.
Si les explications sont claires et détaillées, j'ai cependant regretté que les œuvres contemporaines soient si peu représentées et juste mentionnées .
Chêne 2020
06:00 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alix paré
08/02/2022
Parler comme jamais
Avec précision, méthode (l'ouvrage est très didactique et même interactif) humour aussi, Laélia Véron, maîtresse de conférence en stylistique et Maria Candea, professeure en linguistique françaises s’attelle à une rude tâche : dégommer les clichés concernant la langue française et son prétendu déclinisme.
Non, contrairement à ce que prétend le linguiste Alain Bentolila qui se répandait il y a quelques temps dans tous les médias, certains jeunes n’utilisent pas 400 mots de vocabulaire !
On sort de cette lecture revigoré par les preuves que la langue française est certes parfois bizarre, mais surtout changeante, pleine d'inventivité et donc pleine de vie !
Éditions Le Robert. 2021.
Écoutez, entre autres, le billet de Laléia Véron sur l'Académie française, ça vaut le détour
06:00 Publié dans l'amour des mots | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : lalélia véron, maria candea
07/02/2022
Apaiser nos tempêtes
Autant, j'avais été séduite par Dans la forêt, autant j'ai été déçue par celui-ci qui avait pourtant tout pour me plaire .
Deux parcours de femmes, qui se rejoignent à la toute fin du roman, une artiste et une mère célibataire qui peine à joindre les deux bouts et sur laquelle les ennuis tombent en pluie .
Et c'est justement cette abondance qui m'a empêchée d'apprécier le roman, tant j'ai trouvé que Jean Hegland ,a contrario de son précédent roman paru en France ,"chargeait la barque", n’épargnant rien à son héroïne.
Certes l'analyse de la maternité est intéressante mais les 556 pages m'ont paru bien fastidieuses.
Phébus 2021, traduit de l'anglais (E-U) par Nathalie Bru.
09:20 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : jean hegland, schtroumpf grognon le retour
04/02/2022
Histoire du fils...en poche
"Ce don qu'il avait toujours eu de se sentir partout à sa place, légitime et désiré, venait de là, de Chanterelle, du nom, de la mère, de la maison, des terres, de l'air cru."
Se jouant de la chronologie, Marie-Hélène Lafon retrace l'histoire de deux familles qui n'apprendront que bien plus tard comment leurs destins se sont imbriqués et incarnés en la personne de ce fils qui donne son titre au roman. Deux familles, mais aussi deux terroirs et deux noms, car tout est ici fortement lié.
Cette structure éclatée déroute un peu le lecteur, au début, mais la langue drue de l'écrivaine nous soutient et nous emporte au fil du récit et nous nous attachons à ces personnages que nous apprenons peu à peu à identifier au sein du schéma familial.
Si le plaisir de lecture était bien présent, j'ai néanmoins eu l'impression d’être tenue à distance par ce roman, dont à mon avis, la vraie héroïne est la figure forte de la mère biologique, femme atypique mais qui nous demeure néanmoins quelque peu opaque.
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans français | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : marie-hélène lafon
03/02/2022
#LeGangdubiberon #NetGalleyFrance !
"Cependant j'avais une règle d'or: je ne me laissais jamais atteindre par le pessimisme des autres (seulement par le mien, c'est ce qui faisait ma force) . "
Envie d'une virée en voiture sur les chapeaux de roues ? Alors embarquez avec Hank le dépressif impulsif, sa femme, (non surtout pas cette formule, Alma est une féministe radicale et parfois Hank se perd un peu dans ses injonctions contradictoires...), disons la mère de leurs enfants , Marnie, huit ans, Lilirose quatre ans et le petit dernier Lino, neuf mois. Une semaine sans téléphone ni GPS sur les routes d'Espagne pour se retrouver en famille, pour se retrouver en couple (mission quasi impossible) sur les routes d'Espagne.
Toute l'épopée est relatée du point de vue du père et sa vision des enfants, à la fois pleine de tendresse mais aussi de lucidité est follement réjouissante Ainsi parlant du bébé : "Une splendide bedaine d'un demi-litre me garantissait son innocuité pour quatre bonnes heures".
Mais Hank ne se donne pas le beau rôle pour autant et sa description des différentes tentatives pour renouer charnellement avec Alma ,tout en ayant auparavant tenté de neutraliser ses enfants ,est hilarante.
J'ai d'ailleurs beaucoup ri (et cela m'arrive rarement) à la lecture de ce roman qui fonce à toute allure et fustige au passage nos illusions et notre société pour le moins décadente : "Un groupe de supporters de foot, vêtus de vert et blanc, maniant drapeaux, fanions et banderoles, venait droit sur nous en braillant à pleins poumons. Une vision qui donnait toute sa signification à la thèse du suicide de l'humanité à l'ère de l'anthropocène. "
Car la noirceur de la vision est sous-jacente dans ce roman qui reprend les codes du voyage à l'étranger pour mieux critiquer ce que nous croyons être "normal". Un roman mémorable et jouissif.
Buchet-Chastel 2022.
06:00 Publié dans Humour, romans français | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : philippe ségur
28/01/2022
Le lièvre d'Amérique..en poche
"Diane ne se souvenait pas de cette impression de faire entièrement partie du paysage, de la proximité des grandes oies des neiges, comme si elles piétinaient sa peau. C'est sûrement ça qu'elle avait oublié en partant subitement. L'appartenance."
Alternant les souvenirs d'adolescence de Diane et de son ami Eugène dans une nature sauvage où ils évoluent en parfaite harmonie, descriptions naturalistes de l'animal qui donne son titre au roman et récit d'une Diane adulte se remettant d'une mystérieuse intervention destinée à la rendre encore plus performante, le texte de Mireille Gagné alterne les tonalités et les temporalités sans jamais perdre son lecteur.
L'écriture est étonnante de véracité et de poésie , tant dans les sentiments que dans les descriptions de la nature et c'est par petites touches que se découvre une transformation qui pourrait aussi bien appartenir à l’univers du conte qu'à un futur très proche, tant les manipulations génétiques deviennent monnaie courante.
On suit de l’intérieur la métamorphose de Diane ,accro au boulot, qui s'est coupée de tout et de tous ( surtout de la nature, en fait)qui est devenue une proie et agit en tant que telle. On l'accompagne dans cette transformation, le souffle court, le cœur battant, espérant que la jeune femme s'en sorte.
A noter que l'autrice fait la part belle au vocabulaire maritime et au parler rural de l'île aux grues, île située sur le fleuve Saint-Laurent, donnant ainsi plus de véracité à son texte, mais aussi de précision et de charme.
S'inscrivant dans la lignée de La femme changée en renard de David Garnett , ou plus acide et violent de Truismes de Marie Darrieussecq, Le lièvre d’Amérique renouvelle le genre , par sa poésie et son amour de la nature, et se prête comme ses prédécesseurs à de multiples interprétations. Un grand coup de cœur pour ce récit envoûtant !
Et zou, sur l'étagère des indispensables.
06:03 Publié dans l'étagère des indispensables, le bon plan de fin de semaine, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mireille gagné