08/03/2022
Le Sanctuaire...en poche
" Le vacarme de l’eau recouvre mes pensées. Me perdre dans quelque chose de plus , un flux sans fin, capable de venir à bout des rocs et des montagnes, une eau qui sache conserver la trace des temps anciens, ère de fougères géantes et de reptiles volants, temps que les glaciers ont gardé intact, preuve que le monde restera monde malgré l'homme et ses cataclysmes , et qu'à l'image des dinosaures nous devrions nous en tenir à cette vérité première: nous ne sommes pas grand-chose sur Terre. "
Gemma, même si elle affirme avoir été élevée par "les plantes et les animaux" et n’avoir jamais eu de peluche "je n'en ai pas besoin" essaie-t-elle de se convaincre, commence progressivement, à l'orée de l'adolescence, à envisager qu'il peut y avoir un autre monde , d'autres sensations, d'autres manières de vivre, que celles imposées par son père.
En effet, ce dernier a mis à l'abri sa femme, leur première fille, June ,et Gemma à l'abri dans un chalet de montagne, après une pandémie dont nous apprendrons progressivement l'origine supposée. Il a fait de ses filles de parfaites chasseresses et on comprend progressivement l'emprise qu'il a, et tient à conserver sur sa femme et ses filles.
Célébration de la nature et de l'indépendance des femmes, Le sanctuaire, par sa langue somptueuse et son atmosphère prenante, réussit le tour de force de combiner tout à la fois Nature Writing, anticipation et roman de formation, le tout en 141 pages addictives.
De la même autrice, j'avais aussi beaucoup aimé , mais pas chroniqué, Une immense sensation de calme, sorti aussi chez Folio.
06:00 Publié dans l'étagère des indispensables, le bon plan de fin de semaine, romans français | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : laurine roux
03/03/2022
#LesMerveilles #NetGalleyFrance !
"Je suis née pour me marier et avoir des enfants, et cuisiner, et faire le ménage, et peut-être pour travailler à l’extérieur pendant que je ne travaille pas à l’intérieur ; mais ma vie a pris un autre chemin et j'y tiens. "
Maria, trop jeune maman, issue d'un milieu très modeste doit confier sa fille à sa famille et partir travailler à Madrid comme femme de ménage, voire comme nounou pour des enfants plus chanceux que Carmen. Nous sommes à la fin des années 60 et Maria va constater que le lien avec sa fille, déjà très ténu (elle accomplit mécaniquement les soins quand elle s'en occupe sporadiquement) va se déliter. Maria va peu à peu s'affranchir de ce que la société attendait d'elle et gagner en indépendance, financière (même si ses revenus restent modestes), intellectuelle et même sentimentale
Quant à Alicia, que nous suivons dans les années 2000, elle a subi plusieurs traumatismes, dont un déclassement social. Elle a elle aussi coupé tout lien avec sa famille et analyse froidement ses relations avec les hommes. Nous avons ainsi droit à une description quasi clinique de relations sexuelles où les deux partenaires sont réduits à "quelqu'un", soulignant ainsi leur côté interchangeable.
Toutes deux évoluent dans Madrid, ville qui devient un personnage à part entière, et leurs parcours sont plus ou moins pénibles, car marqués par le fait qu’elles sont des femmes dans un espace public dédié aux hommes, mais aussi des travailleuses pauvres qui doivent emprunter des transports en commun mal commodes.
Ces deux récits d'émancipation à des époques différentes soulignent bien l'importance de l'argent dont le manque conditionne la destinée (pas d'études, des boulots précaires où l'on peut vous remplacer par encore plus pauvres que vous...) mais aussi une certaine forme de solidarité (non idéalisée). Les relations familiales elles aussi sont peintes sans fard et même si les héroïnes semblent faire l'économie des sentiments, comme corsetées dans une armure protectrice, elles n'en demeurent pas moins attachantes. Un roman que j'ai dévoré d'une traite.
Éditions La Croisée 2022
06:00 Publié dans l'étagère des indispensables, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : elena medel
28/02/2022
#LaFilleduDiable #NetGalleyFrance !
"Le N°10 Luckenbooth Close possède une sorte de mémoire violette qui vibre dans l'immeuble comme un bourdonnement perpétuel. "
La fille du diable dissimule ses cornes sous un bonnet et, après des événements dramatiques, se rend à Edimbourg où elle devient mère porteuse pour un propriétaire d'immeuble, homme violent et malfaisant. Nous sommes en 1910 . De cette date à 1999, nous suivrons la vie de cette bâtisse (et en parallèle de la ville d’Édimbourg) via certains de ses occupants, des outsiders qui n'ont pas leur place dans l'Histoire.
Il faut s'accrocher pour ne pas être dérouté par les changements de temporalité et de personnages car à chaque fois nous entrons de plain-pied dans leurs vies de manière abrupte.
L'autrice nous emporte dans un flot tumultueux, plein de sexe et de violence, baroque en diable, à mille lieues de son précédent roman, ce qui n'a pas , je l'avoue, joué en sa faveur. Je suis sortie un peu sonnée et désorientée de ce roman sans avoir pu en apprécier toute les qualités.
Métaillié 2022.
De la même autrice : clic
06:00 Publié dans Lâches abandons, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : jenni fagan
22/02/2022
Les fragiles ...en poche
Jérémiade s'était réveillée comme une héroïne de série télé, ravie de fairesociété . Avec des choses à faire, des cheveux bien coiffés, un plan de carrière extraordinaire. même son legging en Lycra respire l'envie d'en découdre. Finies les migraines et la mélancolie poisseuse, finis les pied sur le linoléum, terminée la télécommande imprimée sur le cul à force de s'asseoir dessus. Elle marche d'un pas alerte et sûr."
Depuis cinq ans une épidémie inattendue de suicides sévit. Ceux qui sont désignés sous l'appellation de Fragiles parce qu'ils n'affichent pas le bonheur obligatoire et l'équilibre mental de rigueur sont regardés d'un mauvais œil, ostracisés et remisés, pour leur bien (est-ce si sûr ?) dans des établissements spécialisés dont il est très difficile de sortir.
C'est donc le parcours de Jérémiade la bien nommée que nous propose de suivre dans ce premier roman Maud Robaglia. Parcours qui a tout du calvaire mais qui , par un revirement inattendu ,verra la rédemption de ces Fragiles dont Jérémiade sera la figure emblématique. mais un tel revirement peut-il vraiment se faire dans l'intérêt de ceux dont la société ne peut s'accommoder ?
Noir, d'un humour très noir, allant au bout de sa démonstration, Les Fragiles est un roman politique qui tend un miroir à peine déformant à notre société de la performance.
06:18 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans français | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : maud robaglia
21/02/2022
La fille parfaite
" A force de ne pas vouloir être des filles comme les autres, on devait avoir endommagé certaines commandes cérébrales. "
Amies depuis l'enfance, Adèle et Rachel constituent la fille parfaite, unissant pour l'une la passion des mathématiques, pour l'autre celle des Lettres. Leurs familles respectives y sont aussi pour beaucoup, il faut bien l'avouer.
Même si chacun d'elles semble avoir atteint, adultes, les objectifs qu'elles se sont fixées, Adèle collectionnant les prix mathématiques et Rachel écrivant des romans, au début du roman, Adèle s'est suicidée.
La raison de ce geste d'une brutalité extrême (elle s'est pendue) ne jouera un rôle qu'à la toute fin du livre, le roman retraçant plutôt le parcours de cette amitié parfois en pointillés , qui ne faisait pas l'économie de la compétition. L'occasion aussi d'enchaîner des joutes oratoires sur les mérites respectifs des maths ou de la littérature, qui m'ont parfois semblé plomber le roman. Une lecture en demi-teintes donc mais le portait d' une amitié originale car non idéalisée.
POL 2022
06:00 Publié dans romans français | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nathalie azoulai
18/02/2022
Le Père/ La mère/Le fils...en poche
"La mère : Parfois, je fais des rêves dans lesquels je t'assassine. Ce sont mes rêves préférés. J'ai l'impression de vraiment me reposer, tu vois, quand je fais ce genre de rêve . Ça fait un bien fou. Mais je sais faire la différence entre les rêves et la réalité."
Après avoir vu le film de Florian Zeller avec Anthony Hopkins et Olivia Colman (remarquables tous les deux), j'ai déniché cet opus qui regroupe les trois textes de cette "trilogie involontaire".
La lecture à la suite permet bien évidemment de dégager les motifs et procédés récurrents (confusion des personnages et des lecteurs (ou spectateurs) qui se voient proposés des versions différentes des événements), mais toujours une même douleur qui court dans ces pièces, celles de personnages qui voient leur monde intérieur s'effondrer. Une langue en apparence simple mais efficace .
Folio Théâtre 2021
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : florian zeller
17/02/2022
La vie ordinaire...en poche
Roman ? Essai ? Autobiographie ? Est-il vraiment nécessaire de poser une étiquette sur ce texte qui fait la part belle certes à la vie de l'autrice, philosophe de formation.
Son existence devient le point de départ d'une questionnement qui n'apporte pas toujours de réponses, tel n'est pas le but , mais permet d'envisager les choses sous un angle différent.
L'écriture est fluide, les propos concernant la grossesse souvent fort bien écrits et le tout reste plaisant à lire même si j'ai bien compris ce que n'était pas la vie ordinaire, mais pas vraiment ce qu'elle était.
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans français | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : adèle van reeth
16/02/2022
Première Personne du singulier #HarukiMurakami #NetGalleyFrance !
"J'éprouve de l'amour pour ce nom lové en mon cœur, caché au secret, juste pour moi. C'est comme une brise tendre qui souffle sur une prairie."
Le thème du souvenir court au long de ces huit nouvelles aux tonalités très différentes et présentées comme autobiographiques. Pourquoi se souvient-on de gens qui, en apparence, ont peu compté dans notre vie ?
J’avoue que certains textes m'ont laissé perplexe, trop subtils ou trop nostalgiques sans doute pour moi, ou trop ennuyeux (celui sur le base-ball) mais quand Murakami s’affranchit de la réalité et se tourne vers la fantastique, là il retient toute mon attention. En particulier avec ce récit du singe qui parle et vole le nom des femmes, un texte à la fois poétique et onirique où Murakami se révèle enchanteur comme à son habitude.
Belfond 2022, traduit du japonais par Hélène Morita.
06:00 Publié dans Nouvelles étrangères | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : haruki murakami
15/02/2022
Le Signal /Récit d'un amour et d'un immeuble
"Je n'en reviens pas.
Que le signal soit capable encore, après toutes les souffrances , d'offrir cette poésie folle, d'inventer ce paysage nouveau, de la mer en transparence, presque en symbiose."
Quelle drôle d'idée que de consacrer un ouvrage à un immeuble et de le voir évoluer au fil des ans !
Oui mais cet édifice est tout à fait particulier. Il s'agit en effet du Signal ,immeuble d’habitations construit entre 1965 et 1970 en bord de mer et destiné à offrir une vue imprenable à des populations modestes dont c'était le rêve de toute une vie.
Las, le rêve vire au cauchemar car l'érosion marine a été plus rapide que prévu, réchauffement climatique oblige, et l'océan qui a gagné sur la côte aquitaine a chassé les propriétaires de leurs appartements.
Coup de foudre en 2014 pour Sophie Poirier qui suit, fascinée son évolution, imagine les vies des propriétaires expulsés et en procès avec les autorités.
Cet immeuble fait aussi résonner en elle des relations à d'autres habitations et ouvre simultanément l'imaginaire de ses lectrices et lecteurs.
Le Signal fonctionne donc comme une formidable machine à rêver , tantôt poétique, tantôt prosaïque, n'occulte en rien les aspects sociaux et environnementaux et nous fait à notre tour tomber en amour pour cet immeuble promis à la démolition cette année.
Et zou, sur l'étagère des indispensables !
à noter également les photographies d'Olivier Crouzel .
Éditions Inculte 2022.
06:00 Publié dans l'étagère des indispensables, Récit | Lien permanent | Commentaires (9)
14/02/2022
Je serai le feu
"Tout est signe
il n'appartient qu'à ceux
qui savent le déchiffrer." Anise Koltz
De Diglee, illustratrice, autrice de bandes dessinées et romancière française, j'avais beaucoup aimé (mais non chroniqué) Ressac, récit d'une retraite de cinq jours dans une abbaye bretonne.
Quand j'ai découvert, par hasard, cette sélection de poèmes uniquement écrits par des poétesses et illustrés par l'autrice, j'ai aussitôt craqué.
Si beaucoup de noms m'étaient familiers, je ne peux pour autant pas affirmer que j'avais fporcéement lu des textes de ces femmes que Diglee prend le temps de nous présenter, soulignant souvent la difficulté de dénicher des informations les concernant, aussi bien que leurs textes.
On sent la ferveur qui accompagne sa démarche et l'incite à les désigner sous les termes de "Les filles de la lune", "les insoumises, "les alchimistes du verbe", entre autres catégories .
Une anthologie à laquelle à a également pris part Clémentine Beauvais qui signe ici la traduction des poèmes anglophones inédits en français.
Un objet magnifique, tant par la présentation que par le contenu.
Éditions La Ville Brûle 2021
06:00 Publié dans anthologie, Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : diglee