11/01/2023
#Assemblage #NetGalleyFrance !
"La réponse: l'assimilation. Toujours, cette pression, pile à cet endroit. Assimilez-vous, assimilez-vous... Dissolvez-vous dans le melting-pot. Puis coulez-vous dans le moule. Pliez vos os jusqu'à ce qu'ils craquent, se fendent,jusqu'à ce que ça rentre. Forcez-vous à épouser leur forme. Assimilez-vous, voilà à quoi ils exhortent, à quoi ils encouragent. Puis ils froncent les sourcils. Encore. Et encore. Et toujours, en ligne de basse, sous le vocabulaire insistant de la tolérance et de la convivialité - disparaissez ! "
Elle a travaillé deux fois plus, su faire face à "cette course faite d'obstacles perpétuels", parce qu'elle est femme et parce qu'elle est noire dans un monde fait pour les Hommes Blancs.
Un monde où le racisme est soigneusement nié et où on exhorte les minorités à se fondre dans la masse, même si le vocabulaire , via ses connotations, porte la marque d'une Histoire et de ses préjugés. Un monde où on n'hésite pas à lui dire frontalement que si elle a été promue c'est parce qu'elle permet à l’entreprise de valoriser les minorités. Un monde où un employé d'aéroport, nonobstant le billet de classe affaire présenté, vous oblige à faire la queue au guichet auquel votre couleur de peau vous assigne.
Cette violence larvée la narratrice s'en protège en se tenant à distance de ses émotions ,en apparence, mais la lave intérieure bouillonne et son regard acéré n'épargne personne . Même pas le jeune privilégié qui prétend l'aimer.
Un récit dense, sans concessions, qui file droit sur l'étagère des indispensables.
Grasset 2023, traduit de l'anglais par Jakuta Alikavazovic.
06:04 Publié dans l'étagère des indispensables, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : natasha brown
10/01/2023
#Lheuredesfemmes #NetGalleyFrance !
"Oui, pourquoi les femmes ne profiteraient -elles pas de ce formidable élan de vie pour prendre enfin leur place dans cette société en pleine mue ? "
De nos jours, une jeune femme est chargée par une amie éditrice de collecter des informations sur celle qui , à l'heure de la sieste, sut donner la parole aux femmes et surtout les écouter : Menie Grégoire. En 1967, à la radio on dialoguait à propos"de thèmes sociétaux importants dont personne ne parlait publiquement à l'époque. Il y avait la sexualité bien sûr. Mais aussi la contraception, l'avortement , les problèmes de couple, de famille, l'éducation des enfants. Sans parler de l'inceste dans les familles. "
A une époque où les femmes , pour la plupart n'avait aucune éducation sexuelle, aucun accès à la contraception et enchaînaient les grossesses , où l'avortement entraînait la mort de très nombreuses femmes, c'était révolutionnaire.
Et pourtant, Menie était une femme d'origine bourgeoise, capable d'organiser de grands dîners , d’élever ses deux filles et d'écouter avec empathie, sans juger les femmes de toutes origines sociales.
C'est un grand plaisir de la retrouver par le biais de ce roman écrit par sa petite fille, Adèle Bréau. Ni hagiographie, ni portrait à charge, mêlant fiction et réalité, de l'aveu propre de l'autrice, ce roman nous rend Menie Grégoire proche et formidablement vivante. Les récits qui s'entremêlent et donnent à voir le destin de femmes modestes qui croisèrent celle qu'on appelait "La dame de cœur" sont aussi très réussis , un peu moins celui-mettant en scène le personnage principal, car trop démonstratif à mon goût. Une réussite néanmoins qui permettra de (re) découvrir cette grand dame dont la voix résonne encore à mes oreilles.
Jean-Claude Lattès 2023.
06:00 Publié dans romans français | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : adèle bréau
06/01/2023
Première Personne du Singulier...en poche
"J'éprouve de l'amour pour ce nom lové en mon cœur, caché au secret, juste pour moi. C'est comme une brise tendre qui souffle sur une prairie."
Le thème du souvenir court au long de ces huit nouvelles aux tonalités très différentes et présentées comme autobiographiques. Pourquoi se souvient-on de gens qui, en apparence, ont peu compté dans notre vie ?
J’avoue que certains textes m'ont laissé perplexe, trop subtils ou trop nostalgiques sans doute pour moi, ou trop ennuyeux (celui sur le base-ball) mais quand Murakami s’affranchit de la réalité et se tourne vers la fantastique, là il retient toute mon attention. En particulier avec ce récit du singe qui parle et vole le nom des femmes, un texte à la fois poétique et onirique où Murakami se révèle enchanteur comme à son habitude.
06:00 Publié dans Nouvelles étrangères | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : haruki murakami
05/01/2023
Les Sources
" [...] elle va avoir trente ans et sa vie est un saccage, elle le sait, elle est coincée, vissée, avec les trois enfants, il est le père des trois enfants , il les regarde à peine mais il est leur père, il est son mari et il a des droits. "
D'amour conjugal, il ne sera jamais question dans ce récit en trois actes qui commence le samedi 10 et dimanche 11 juin 1967. Une tragédie est en marche, on le devine à la tension quasi insoutenable qui irrigue les 80 premières pages du roman. Tension entre la narratrice et le tyran domestique qu'elle a épousé. Trois enfants, trois césariennes successives ont saccagé son corps. Les coups, aussi. Et surtout les mots dont il use pour faire "autant de dégâts que les coups, peut-être même davantage parce qu'ils ne la lâchent pas pas et lui tombent dessus au moment où elle s'y attend le moins, quand elle pourrait être à peu près tranquille et penser à autre chose. "
Mais, elle aussi commence aussi à mettre des mots sur ce qu’elle vit. Elle possède le permis de conduire et une famille qui pourrait ne plus fermer les yeux. Parviendra-t-elle à sortir de l'emprise de cet homme toxique à une époque où une femme divorcée subit l'opprobre de la société ?
La deuxième partie, sept ans plus tard, donne cette fois la parole au mari et le roman se clôt en 2021 par le constat d'un des enfants revenu dans cette ferme du Cantal où tout a commencé.
Un roman court, une centaine de pages, mais qui concentre des émotions d'une rare puissance, sans pathos mais en étant au plus près des corps. On n'oubliera pas de sitôt ces personnages, témoins d'une époque et d'un lieu. Un roman qui file, bien évidemment, sur l'étagère des indispensables.
Buchet-Chastel 2023.
06:00 Publié dans l'étagère des indispensables, romans français | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : marie-hélène lafon
03/01/2023
La ligne de nage
"Vous auriez dû vivre (qu'est-ce que vous avez fait à la place ? Vous avez joué la sécurité, vous êtes restée dans votre ligne de nage )."
Dans la première partie de ce récit, nous découvrons une communauté hétéroclite , mais soudée, celle de nageurs qui fréquentent une piscine en sous-sol. Tous ceux qui respectent les règles implicites y ont leur place. Y compris Alice dont la mémoire est de plus en plus défaillante. La routine y est de mise et chacun trouve dans ce sas de quoi supporter la "vie d'en haut".
Las, une fissure dans le fond du bassin vient troubler cette belle harmonie. On peut y voir la métaphore de tout élément perturbateur qui vient déranger nos existences et en l’occurrence ici celle de la vie d'Alice.
La troisième partie recense tous les oublis de cette femme et à l'inverse tous les souvenirs de celle qui fut internée dans un camp pour Nippo-Américainss durant la Seconde guerre mondiale. Un portrait impressionniste et plein d'humanité.
Changement de tonalité avec "Belavista" où sont égrainées implacablement les différentes étapes que connaîtra Alice dans cet établissement spécialisé où son mari et sa fille ont dû la faire entrer, au vu de la dégradation de son état mental.
Dans la dernière partie, la narratrice et fille d'Alice évoque enfin sa relation à sa mère .
Sur un thème délicat et douloureux, Julie Otsuka réussit un texte sensible , prenant (même si la partie consacrée à la fissure est un peu longuette) et même moi qui déteste les piscines j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce texte profondément émouvant mais tout en retenue.
Gallimard 2022.
Traduit de l’anglais (E-U) par Carine Chichereau.
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : julie otsuka
01/01/2023
Bonne année et plein de bonnes lectures !
12:23 | Lien permanent | Commentaires (10)
24/12/2022
Joyeux Noël
Non, je ne suis pas transformée en marmotte, mais dorénavant ma présence sera plus sporadique.
Cela ne m’empêchera de vous suivre avec attention.
Bonne fêtes de fin d'année et plein de bises !
06:00 Publié dans Bric à Brac | Lien permanent | Commentaires (12)
15/12/2022
La paix des ruches
"Je suis aussi ignorante de ce qui peut lui déplaire en moi, qu'il me semble l'être de ce qui m'irrite tant de sa part. C'est là le drame du couple, ces feux croisés qui s'affrontent, se pulvérisent mutuellement, signaux incompréhensibles à celui à qui ils sont adressés et les reçoit en aveugle. feux ne distribuant aucune lumière, mais seulement un lourd et sourd malaise dont les intéressés ne distinguent pas l'origine. "
Paru en 1947 , ce roman d'Alice Rivaz est d'une folle modernité par les thèmes abordés, ce que souligne très justement dans sa préface Mona Chollet : "la relation complexe des femmes à la beauté et à la mode; la peur panique de vieillir [...]; leur rapport à l'espace domestique. "
Et que dire de l'incipit qui tombe comme un coup de hache: "Je crois que je n'aime plus mon mari. " Constat clinique, sans affect qui va donner le ton de ce roman où une femme, secrétaire dans un bureau, analyse avec lucidité les relations hommes/femmes dans une société où l'homme pérore et la femme se tait. Autre point encore problématique de nos jours: la volonté de ne pas avoir d'enfant, mais ici au moins les deux époux étaient d'accord.
Seul le plaisir féminin n'est pas évoqué, même si on devine que la narratrice a eu une aventure extra-conjugale.
Un roman âpre et dense, où les collègues et/ou amies de l'héroïne parlent des hommes avec beaucoup de désinvolture, peut être pour oublier tous les rêves de liberté qu'elles avaient étant plus jeunes...
A (re) découvrir sans plus attendre grâce aux Éditions Zoé.
Dans la foulée, je me suis procurée le recueil de nouvelles Sans alcool , recueil qu'un éditeur japonais a refusé de faire traduire, le jugeant trop triste...
06:00 Publié dans romans suisses | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : alice rivaz
13/12/2022
Un Psaume pour les Recyclés Sauvages
" On a du mal à concevoir que les constructions humaines sont conquises sur la nature, qu'elles s'y superposent , que les lieux humains existent dans les interstices de la nature et non l'inverse. "
Dex, un.e moine de thé (il se déplace de village en village pour apporter du réconfort moral via les tisanes qu'il concocte) ressent l'impérieux besoin de tout laisser en plan. Il se dirige vers un édifice religieux au sein d'une forêt où les humains ne mettent pas les pieds depuis des siècles.
Dans cet univers inconnu et potentiellement dangereux, il rencontre un robot, Omphale, qui s'est donné comme mission d'étudier les mœurs humaines. D'abord chaotiques, les relations entre les deux êtres vont leur permettre de confronter leurs points de vue sur la relation à la nature, sur le sens de la vie , le robot étant beaucoup plus pragmatique et moins tourmenté que le moine.
Je suis entrée avec délice dans cet univers apaisé, où l'on devine néanmoins des souffrances anciennes, un monde où le recyclage est de mise, que ce soit pour la vie quotidienne ou la création de robots.
J'attends déjà avec impatience la suite de ce voyage initiatique tout en douceur et riche d'humanité.
Merci à Brize pour la découverte.Clic
Becky Chambers, l'Atalante 2022, traduit de l’anglais par Marie Surgers
06:01 Publié dans Science-Fiction | Lien permanent | Commentaires (8)
12/12/2022
Happy Fucking Christmas, chère Janet !...en poche
"Le bonheur ne fait pas partie de mes priorités. Je veux autre chose. Avoir un minimum de contrôle sur ma vie et mon corps, pour commencer. Pouvoir passer une journée sans avoir l'impression que ce que je fais est mal. Je veux sentir mes émotions, pas les ravaler. Et si ce sont elles qui finissent par me bouffer, eh bien tant pis. "
Le titre original, Sad Janet , a le mérite d'être clair : Janet est triste . Et elle veut qu'on lui fiche la paix avec ça. Pourtant le monde entier conspire contre sa tristesse, d'autant plus que Noël approche.
Noël ? Sa bête noire. Elle préfère encore se faire bouffer le bras par un chien du refuge où elle travaille que faire du shopping de cadeaux avec sa mère , c'est dire.
Néanmoins Janet va finir par se laisser convaincre et va tester un traitement spécialement destiné à lui faire supporter Noël...
Bourré de mauvais d'esprit, d'humour noir, ce roman ne nous épargne rien quant aux humeurs de sa narratrice misanthrope, corrosive et directe. Toutes celles qui, sur la foi de la couverture et du titre auraient ouvert ce roman en croyant lire une romance de Noël risquent d'avoir un choc. Mais j'ai beaucoup aimé Janet, sa lucidité, ,sa volonté de résister à la société qui veut araser toutes les souffrances psychiques à coup de pilules. Reste que tant de noirceur, éclairée par un lueur d'espoir néanmoins à la fin se doit de ne pas être dévorée d'une traite.
Traduit de l’anglais par Karine Lalechère.
06:00 Publié dans Humour, le bon plan de fin de semaine, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lucie britsch