29/10/2021
Miettes (humour décalé)
"Le problème, c'est que les filles, la plupart du temps, elles ne sont pas endormies, et que nous, les garçons, on sait pas vraiment comment être charmants."
Quand un élève de Terminale gaulé comme une allumette, qui aime les livres de surcroit , le genre à être toujours choisi en dernier lors de la formation des équipes en sport, prend la parole pour un seul en scène censé être humoristique lors d'un spectacle de fin d'année, nul ne s'attend à ce qui va se passer.
A savoir une dénonciation non seulement de la culture genrée, de l'application de stéréotypes dès l'enfance , et ce quelque soit le milieu social, mais aussi des humiliations quotidiennes pour un garçon qui ne correspond pas aux critères de la virilité, sans pour autant qu'il soit homosexuel.
Un véritable jeu de massacre argumenté et nuancé qui va bientôt prendre une tournure plus douloureuse, pleine d'émotion, avec l'évocation d'un épisode traumatique vécu par ce jeune homme et une jeune fille lors d'un séjour scolaire à la montagne.
Les adultes ,qui ne prennent pas ou ne veulent pas prendre la mesure de tels comportements , ne sont non plus épargnés mais c'est bien la société dans son ensemble qui est mise en cause.
Un roman qui nous entraîne dans un tourbillon d'émotions. Un énorme coup de cœur. Et zou, sur l'étagère des indispensables.
Stéphane Servant, Nathan, Collection Court toujours 2021.
06:00 Publié dans l'étagère des indispensables, romans français | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : stéphane servant
28/10/2021
L'enterrement de Serge
"La profession de croque-mort est à recommander aux personnes déprimées parce qu’être confronté chaque jour au malheur d’autrui est un moyen efficace d’échapper au sien. "
Serge Blondeau aura enchaîné les échecs jusqu'au jour de son enterrement , auquel peu de gens assistent , et sera même inhumé avec retard, à cause d'une grève.
Sa veuve, sa mère, sa sœur, son beau-frère et leur fille, sans oublier une voisine et un ami du défunt ,devront donc cohabiter dans un petit hôtel, en attendant que la situation se décante. Tensions, révélations seront au menu dans ce huis-clos involontaire.
Les péripéties se succèdent jusqu'au dernier moment, mais j'ai lu ce roman avec moins de plaisir que les précédents car ces personnages manquent singulièrement de chair, sans compter que l'auteur use et abuse des rêves pour tenter de tromper le lecteur.
Merci à Babelio et à l'éditeur.
Le Cherche Midi 2021
06:00 Publié dans Rentrée 2021, romans français | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stéphane carlier
16/10/2021
Avant que j'oublie...en poche
"Une dernière fois, je l'ai admiré pour son esprit original et si mal compris, pour l'élégante précision de ses idées, pour son entêtement insensé à ne s'être jamais autorisé que ça alors qu'il avait tant d'ampleur et pour m'avoir appris à être sensible à la poésie que dégagent les choses modestes."
Ni hagiographie, ni règlement de compte, le texte d'Anne Pauly est comme le définit elle-même l'autrice un tombeau de mots pour son père. Un père tout à la fois "déglingo" et féru de poésie, alcoolique et autodidacte, qui s'empêchait d'exprimer sa sensibilité. Un père à l'image de la maison que doit ranger sa fille après son décès: chaotiqu
Avec un tel début on pourrait craindre le pire, surtout pour un premier roman aux accents autobiographiques : bons sentiments à foison, vous êtes priés de préparer vos mouchoirs . Fort heureusement il n'en est rien. D'abord parce que le temps a fait son œuvre et que le texte n'a pas été écrit "à chaud". Ensuite parce qu’Anne Pauly regimbe devant les figures imposées du deuil qu'on veut nous vendre aujourd'hui : un deuil qu'il faut savoir "faire" rapidement. Et l'autrice de se moquer avec un humour grinçant de notre société qui nous vend pour tout et n’importe quoi du bonheur prêt à consommer.
Un texte d'une extrême pudeur, d'une écriture fluide et belle, qui ne se pose jamais en donneur de leçons et dont la fin m'a particulièrement touchée.
Verdier 2019.
Prix du Livre Inter 2020.
Prix "Envoyé par La poste"2019
07:41 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans français | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : anne pauly
13/10/2021
#Lagarderobe #NetGalleyFrance !
Retracer la vie d'une femme, d'origine modeste, qui a su s’émanciper , faire fi de ses douleurs , devenir une chanteuse de variétés des années 70 (à la brève carrière) et faire un riche mariage à travers ses vêtements, voilà une idée de départ originale.
Quand en plus ce roman est publié dans la collection "Le courage", voilà qui était de bon augure.
Las, le style du romancier et son manque d'empathie ont fait que je suis constamment restée à distance de Véra et de sa vie, pourtant riche en péripéties (un peu prévisibles, il faut bien l'avouer).
Grasset 2021
06:00 Publié dans romans français | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sébastien ministru
23/09/2021
Propriété Privée
"Les inquisiteurs se trompent en bombardant leurs victimes de questions. Il suffit souvent de garder le silence pour que l’autre croie que vous vous intéressez, avec votre air circonspect qui très paradoxalement rassure, vous confère une réputation de compétence et d’objectivité. "
La narratrice, urbaniste, et son mari, prof dépressif, ont décidé de devenir propriétaires d'une maison dans un écoquartier d' une petite commune .
Las, le rêve tourne vite au cauchemar car leurs voisins sont sans-gêne, bruyants, intrusifs et , la narratrice en est persuadée,"Ils n’espéraient pas seulement nous faire déménager. Ils voulaient nous voir souffrir, nous empêcher de penser, de nous aimer, fracturer le complexe édifice de notre entente.
Ils projetaient notre éradication totale et définitive. »
Point de vue excessif ou réalité ? Difficile de trancher car les autres voisins semblent fort bien s'accommoder de ces trublions qui dénotent un peu dans leur microcosme de bourgeois plus ou moins bohèmes (dont la narratrice croque avec acidité les travers). De plus, le roman est en focalisation interne , de son unique point de vue donc, elle ne s'adresse qu'à son compagnon et ce a postériori.
Par petites touches s'instaure donc un climat pesant qui vire bientôt au thriller quand la violence s'invite au sein de cette communauté trop policée, dont la façade va bientôt se fissurer .
Ce roman est aussi l'occasion pour Julia Deck de brosser un portrait sans concession de la rénovation urbaine contemporaine.
Une satire décapante à la construction imparable et ce jusqu’à la dernière ligne.
Un roman jubilatoire qui file donc sur l'étagère des indispensables.
Éditions de Minuit double 2021
06:00 Publié dans l'étagère des indispensables, le bon plan de fin de semaine, romans français | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : julia deck
20/09/2021
#LoinàlOuest #NetGalleyFrance !
"Octavie est l'arrière-petite fille d'une menteuse, la petite-fille d'une conteuse, la fille d'une grande rêveuse. Chacune d'entre elles a toujours su demander à la fiction ce que le réel ne lui offrait pas."
Envie de dévorer une saga familiale féministe et follement romanesque ?Alors précipitez-vous sur Loin à l’Ouest . Vous y suivrez cinq générations de femmes éprises de liberté, mais coincées à des époques différentes par les limites de la société patriarcales, malmenées par l'Histoire et dotées de fichus caractères. Bref, des femmes comme on les aime.
L'autrice y brosse aussi un vibrant hommage à la fiction (et au mensonge), seul remède selon elle pour pouvoir supporter les remous d'une vie par trop étriquée. Un roman où l'on croise aussi Louise Michel et Calamity Jane (ou pas ).
Un roman qui se dévore et que des retours à l'époque contemporaine permettent d'encore mieux ancrer dans le réel. On sent que Delphine Coulin s'est régalée en l'écrivant et cela augmente d'autant plus notre plaisir de lecture.
Grasset 2021.
06:00 Publié dans Rentrée 2021, romans français | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : delphine coulin
04/09/2021
Le coeur synthétique... en poche.
"Adélaïde trouve que la campagne , ça a la bande-son d'un décès."
En 2006, Benoite Groult, qui avait largement dépassé les 80 ans, se plaignait que vieillir c'était devenir invisible. De nos jours, Adélaïde, quarante-six ans, qui vient de rompre, découvre avec effroi "l'invisibilité de la femme de cinquante ans avec un peu d'avance.". Pis, elle constate la cruauté des statistiques : il y a bien plus de femmes célibataires que d'hommes et ceux qui le sont ont presque tous un "vice de forme", dixit 'l'une de ses amies.
Car oui, Adélaïde a des amies, elles-mêmes en crise existentielle et, sororité oblige, elles vont s’entraider.
Commencé sous les auspices de Virginia Woolf (le premier chapitre est en effet intitulé "Une chambre à soi"), le roman de Chloé Delaume se clôt sous ceux de Monique Wittig et de ses "Guerillères". Entre temps, nous aurons eu droit à une série de titres de chansons, très éclectiques, allant de Bashung à Juliette Armanet en passant par Sylvie Vartan, voire Herbert Léonard.
Car oui, on peut être féministe et drôle et l'autrice s'en donne à cœur joie dans ce texte qui nous introduit dans les coulisses du monde littéraire où Adélaïde officie en tant qu'attaché de presse et chapeaute une autrice qui lui ressemble furieusement.
Pratiquant l'autodérision, mais dénonçant aussi les diktats auxquels doivent se conformer les autrices, tant dans leur comportement que dans leur aspect physique, Chloé Delaume signe ici un roman à la fois enjoué et lucide qu'on ne peut lâcher.
En couverture une photographie d'Annette Messager.
Un passage que j'adore: "Il est vingt-deux heures trente, le spectacle reprend. le poète ne fait pas de rimes mais dit la vérité. 4 millions de Français sont ou ont été victimes d'inceste, on estime actuellement que deux enfants par classe endurent ce crime en huis-clos. Attendu que Clotilde a durant sa performance rappelé qu'en France un féminicide est commis tous les deux jours et une agression homophobe tous les trois jours, le public passe une bonne soirée."
J'en profite pour signaler aussi le très réussi Sororité, sous la direction de la même autrice , paru en poche chez Points Seuil également.
Un recueil de textes aux autrices remarquables, chacune ayant leur point de vue sur ce concept remis en lumière.
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans français | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : chloé delaume
31/08/2021
Ultramarins
"Comme s'il fallait en passer, toujours en passer par la peau pour comprendre ce qui lui arrive, elle tire vers elle la porte métallique et sort. Elle veut sentir la consistance de cette brume, en connaître la température. Voilà, ce sera sa baignade à elle."
Comment peut se faufiler l'aventure dans le parcours bien balisé d'un cargo qui traverse l’Atlantique ? Par une baignade improvisée de l'équipage, baignade autorisée par la commandante qui restera seule à bord.
Une rupture dans la routine, presque une glissade dans une faille spatio-temporelle. Ce qui est sûr c'est qu'une fois remontés à bord les marins, comme la commandante, ne seront plus les mêmes.
Sur une trame aussi ténue, Mariette Navarro réussit à créer un univers à la fois poétique et mystérieux (tout ne sera pas éclairci, et c'est tant mieux) pour mieux nous captiver. Il se dégage de ce texte une réelle sensualité (qui aurait cru que les cargos soient propices à ce type de création ? ). Un premier roman fort réussi
Éditions Quidam 2021.
05:55 Publié dans Rentrée 2021, romans français | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mariette navarro
28/08/2021
Je m'attache très facilement ...en poche
"Elle le voit, elle cache admirablement sa joie."
Lui, à l'aube de la cinquantaine, part rejoindre une femme plus jeune, pas libre, avec laquelle il a ébauché une relation. Visiblement sa venue en Écosse ne réjouit pas la Belle. En trois jours, notre héros parviendra-t-il à accepter la réalité ?
Chronique d'un fiasco annoncé, Je m’attache très facilement est un texte très court (74 pages) mais délicieux pour qui apprécie le style et l'univers si particuliers d'Hervé Le Tellier.
On oscille sans cesse entre les notations pleines d'acuité : "Après tout, suggère son geste on n'ira pas loin. C'est un excellent résumé." et un comportement qui ne parvient pas à se résoudre à accepter la situation. Mais tout cela ne verse pas dans l'amertume ou la tristesse car "C'est étrange songe-t-il, comme le pire est toujours prévisible."
A noter la parfaite couverture de Clémentine Mélois (et la liste des adresses et des marques de produits évoquées dans le texte !)
1001 nuits 2021
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans français | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : hervé le tellier
27/08/2021
Toutes les femmes sauf une...en poche
Il faudrait pardonner à ce vieil enfant essoufflé criant depuis soixante ans qu'on le tire du froid, ignorant que c'est fait. Je ne pardonne pas , je n'ai pas assez d'orgueil. Au maximum, je comprends. Et encore, pas sûr."
Sa fille, tout juste née, ne s'appellera pas Marie comme toutes les femmes de sa famille avant elle, mais Adèle. Avec énergie, avec colère, avec passion, la narratrice raconte à sa fille, son enfance tiraillée entre une mère qui aurait voulu tour à tour l"emmener sous l'eau avec elle, tour à tour sauver", qui souhaitait simultanément que sa fille s'élève socialement et ne le supportait pas car, elle-même , qui aurait pu devenir institutrice, avait été retirée de l'école trop tôt.
Elle dit la soumission, la langue "domestique", le"vocabulaire émacié de votre langue", qui justifie la vie bridée, finie avant d'avoir même commencé ; cette langue qui s'inscrit en italiques dans le texte et au fer rouge dans la mémoire, devient un vivier où puiser des formules toutes faites pour justifier les vie brisées et l'amour qui ne peut circuler.
La narratrice évoque aussi la violence larvée de la maternité où le personnel n'est pas toujours tendre avec la primipare qui refuse de se plier aux règles implicites, d'où des mesures de rétorsion larvées.
Alors, oui ,on est bien loin des relations apaisées entre mères et filles, mais ça fait un bien fou de lire ce texte rageur et libre qui fait fi de toutes les convenances. Un grand coup de cœur.
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans français | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : maria pourchet