22/02/2008
Pour vivre
Pour vivre est un très bel objet qui se présente un peu
comme un coffret fermé par un ruban rose et d'où s'échapperaient des
poèmes écrits par Bernard Friot et mis en matière par Catherine Louis.
Beaucoup
de couleurs sourdes pour accompagner ces textes en demi-teintes
qui jouent avec l'espace de la double page. Un texte juste pour
vous donner envie :
poser sa tête
sur l'oreiller
sur une épaule
au creux d'une main
un geste pour la vie
sommeil
caresse
abandon
reposer le trop- plein de pensées
d'émotions
de
souffrances
poser sa tête
ou la
perdre
06:02 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (7)
03/02/2008
Quand le cinéma guimauve mène à la poésie
Dans son Manuel de poésithérapie, Jean-Joseph Julaud se
proposait avec beaucoup d'humour et d'érudition de guérir
les maux de notre vie avec les mots des poètes.
Je doute fort que les scénaristes de In her shoes ait
lu ce manuel mais ils ont utilisé cette idée de manière
caricaturale dans le film, un poème d'Elisabeth Bishop guérissant en un
rien de temps la dyslexie du personnage interprété par
Cameron Diaz.
J'ignore si les ventes de cette poétesse ont
grimpé , mais j'ai trouvé ce procédé assez malhonnête quand on sait
la difficulté à traiter la dyslexie et les souffrances qu'elle
peut entraîner.
Néanmoins, le poème est très beau,le voici:
L’art de la perte
L’art de la perte n’est pas dur à maîtriser,
tant de choses sont d’un naturel si fuyant,
que leur perte n’est pas une calamité.
Perdez quelque chose chaque jour .Acceptez la contrariété
de la disparition de vos clés, d’un moment absent.
L’art de la perte n’est pas dur à maîtriser.
Puis habituez-vous à perdre, perdez, perdez :
les endroits , les noms, et même la clé des champs.
Rien de cela ne sera une calamité.
J’ai perdu la montre de ma mère. Eh, tiens ! pas la dernière mais
l’avant-dernière de trois maisons que j’aimais pourtant.
L’art de la perte n’est pas dur à maîtriser.
J’ai perdu deux villes, très jolies. Sans compter
des royaumes que je possédais, deux fleuves, un continent.
Ils me manquent, mais ce ne fut pas une calamité.
-Même ta perte (la voix moqueuse, un geste aimé)
ne saurait me faire mentir, c’est évident
l’art de la perte n’est pas trop dur à maîtriser
même s’il apparaît comme (écris-le !) comme une calamité.
08:39 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (9)
02/01/2008
Petit bonheur de début d'année
Il ne vous suivra pas (vu son poids et ses dimensions) dans tous vos déplacements mais si vous aimez la poésie, cet Agenda du (presque) poète , il vous deviendra vite indispensable, vous le feuilleterez chaque jour car c'est une mine !
Mine
de citations, mine de manipulations, de jeux avec l'espace, les mots,
le rythme, les gestes, Bernard Friot, (oui, celui des Histoires pressées !) nous régale avec cette année entière en poésie.
Fourmillant
d'adresses internet, cet ouvrage s'avérera vite indispensable , tant
pour les enseignants que pour ceux qui aiment jouer avec les mots, les
sons et les images.
La poésie ici n'est pas intimidante, elle est
quotidienne, familière, gourmande et farceuse...Elle donne envie
de se lancer à la découverte de nouveaux textes,de nosveaux auteurs et
parfois même on a des fourmis dans les doigts et des mots qui
sonnent dans la tête , n'attendant plus que d'être notés...
Les
illustrations d'Hervé Tullet, à la façon cahier de brouillon d'écolier,
jouant avec des couleurs franches et gaies, contribuent à donner
un air pimpant à ce très bel objet littéraire.
Petit rappel : dans la même collection, paru en 2005 , le fameux Agenda de l'apprenti écrivain, de Susie Morgenstern, lui aussi une Bible !
Et pour commencer l'année en poésie, une citation choisie (presque) au hasard :
"Les poèmes sont des cadeaux
des cadeaux pour ceux qui sont attentifs." Hans Bender
06:13 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (23)
08/11/2007
Pour partir à la découverte...
Huit thèmes pour regrouper des poèmes allant du Moyen-Age à nos
jours : Poètes et poèmes, ailleurs, la révolte, les travaux et le
jours, douleurs, amours, nature et (mon chouchou) : impertinences.
Des
mots compliqués expliqués (mais sans que ça tourne au manuel
littéraire),un index des mouvements, formes et tonalités, une
présentation biographiques des auteurs, tout ça au format de poche pour
5 euros cinquante, que demander de plus ?
Anne de Berranger et Philippe Bouchey nous présentent dans Poèmes et poèmes
des textes connus mais aussi d'autres qui le sont moins et
c'est ce qui est bien avec cette anthologie qui revendique avoir ses
préférences: chacun peut y trouver son plaisir, en y piochant au hasard
ou en cherchant un texte correspondant à un thème précis. De quoi faire
le bonheur des enseignants, mais pas seulement !
De quoi partir à la découverte de poètes qui nous étaient inconnus...
06:01 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (19)
05/10/2007
Vous reprendrez bien un peu de poésie ?
Un mug de thé verts(le thé et le mug), un recueil de poésie , Visions d'un jardin ordinaire, allons profiter du soleil au jardin justement et dégustons le tout.
En vis à vis des photos de Josiane Suel et des poèmes de Lucien Suel, une présentation de Thomas Suel, on devine que la poésie est une affaire de famille.
Des mots simples en apparence mais qui savent accompagner sans redondances les photos en noir et blanc et les éclairer d'un jour nouveau. Pas de rimes mais un quotidien truffé de mots picards (un lexique serait parfois le bienvenu...),des photos qui montrent la vie et la mort en ce jardin ,pas si ordinaire que cela.
Le saule tétard , "cochon du jardin" , car tout est bon chez lui, a la part belle, car il se réincarne sous diverses formes.
La vie en effet renaît de la mort au jardin et "le jardinier [qui] a pissé sur le compost" "nourrit la terre.Il détermine la résurrection. Il lutte contre l'entropie. Il enfouit".
Pour rêver au jardin si on n'en possède pas ou pour le regarder d'un oeil neuf .
Saluons au passage la librairie d'Hazebrouck (où je rêve d'aller) qui a édité ce recueil de poésies, à savoir "Le marais d'Hazebrouck".
06:07 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (10)
26/09/2007
Comment entrer dans un poème...
A petits pas, tout doucement, Gilles Brulet aux mots, Gilles Bourgeade aux images , nous font entrer En poème ce monde.
Un très joli recueil de poésie de la collection Lo Païs d'enfance aux éditions du Rocher.
Avec des mots simples mais pas simplistes, le poète nous parle du poème, partie intégrante de la nature (et de nous mêmes? ).Nous "sauv[ons]l'escargot des roues de l'auto"et nous entrons dans le poème qui est "Un lieu très ouvert
Où l'on se sent heureux
Comme une après-midi à la mer".
Les illustrations jouent elles aussi avec les mots et accompagnent harmonieusement les textes de ce petit livre à glisser d'urgence dans nos poches.
A lire et relire.
06:43 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (13)
16/08/2007
Il pleut des poèmes (anthologie de poèmes minuscules)
Ni extraits ni citations , ces poèmes minuscules, réflexions
humoristiques ou pas sont une belle introduction pour ceux
qu'effarouchent le mot "poésie".
Je le laisse "traîner "dans mon
atelier d'écriture où il remporte souvent un vif succès auprès de mes
élèves fâchés avec la lecture ou l'écriture.
J'y reviens souvent par pur plaisir et à chaque fois j'y découvre de nouvelles pépites...
Jusqu'à présent mon volume préféré de poésie de La rue du monde.
Quand rien
ne chante pour toi,
Chante-toi
Toi-même
Guillevic
Si tu aimes l'étranger
Quand il tombe l'arbre fait deux trous,
tu t'aimeras demain
Celui dans
le ciel est le plus grand. Félix Leclerc
Jean-Pierre Siméon
Bon picorage !
08:12 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (19)
14/06/2007
La voix de Robert Desnos
A la demande de Bellesahi...
Si semblable à la fleur et au courant d'air
au cours d'eau aux ombres passagères
au sourire entrevu ce fameux soir à minuit
si semblable à tout au bonheur à la tristesse
c'est le minuit passé dressant son torse nu au dessus des beffrois et des peupliers
j'appelle à moi ceux-là perdus dans les campagnes
les vieux cadavres les jeunes chênes coupés
les lambeaux d'étoffe pourrissant sur la terre et le linge séchant aux alentours des fermes
j'appelle à moi les tornades et les ouragans
les tempêtes les typhons les cyclones
les raz de marée
les tremblements de terre
j'appelle à moi la fumée des volcans et celle des cigarettes
les ronds de fumée des cigares de luxe
j'appelle à moi les amours et les amoureux
j'appelle à moi les vivants et les morts
j'appelle les fossoyeurs j'appelle les assassins
j'appelle les bourreaux j'appelle les pilotes les maçons et les architectes
les assassins
j'appelle celle que j'aime
j'appelle celle que j'aime
j'appelle celle que j'aime
le minuit triomphant déploie ses ailes de satin et se pose sur mon lit
les beffrois et les peupliers se plient à mon désir
ceux-là s'écroulent ceux-là s'affaissent
les perdus dans la campagne se retrouvent en me trouvant
les vieux cadavres ressuscitent à ma voix
les jeunes chênes coupés se couvrent de verdure
les lambeaux d'étoffe pourrissant dans la terre et sur la terre
claquent à ma voix comme l'étendard dela révolte
le linge séchant aux alentours des fermes habille d'adorables femmes que je n'adore pas
qui viennet à moi
obéissent à ma voix et m'adorent
les tornades tournent dans ma bouche
les ouragans rougissent s'il est possible mes lèvres
les tempêtes grondent à mes pieds
les typhons s'il est possible me dépeignent
je reçois les baisers d'ivresse des cyclones
les raz de marée viennt mourir à mes pieds
les tremblements de terre ne m'ébranlent pas mais font tout crouler à mon ordre
la fumée des volcans me vêt de ses vapeurs
et celle des cigarettes me parfume
et les ronds de fumée des cigares me couronnent
les amours et l'amour si longtemps poursuivis se réfugient en moi
les amoureux écoutent ma voix
Les vivants et les morts se soumettent et me saluent
les premiers froidement les seconds familièrement
les fossoyeurs abandonnet les tombes à peine creusées et déclarent que moi seul puis commander leurs nocturnes travaux
les assassins me saluent
les bourreuax invoquent la révolution
invoquent ma voix
invoquent mon nom
les pilotes se guidebt sur mes yeux
les maçons ont le vertige en m'écoutant
les architectes partent pour le désert
les assassins me bénissent
la chair palpite à mon appel
celel que j'aime ne m'écoute pas
celle que j'aime ne m'entend pas
calle que j'aime ne me répond pas
Robert Desnos
(14 décembre 1926) in Corps et biens
06:04 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (11)
20/04/2007
Vous les femmes...(air connu)
Même si la préface (et la sélection des poèmes) est quelque orientée
("Naissance, renaissance, renouveau, cycles de la vie : la poésie
féminine , sensible aux couleurs et aux bruits, souvent élégiaque,
entretient un rapport privilégié et particulier avec les saisons, le
régne végétal, la nature, qui demeure une source d'inspiration
inépuisable", écrit Camille Weil, il n'en reste pas moins
que cette Poésie au féminin est fort intéressante.
Cette
anthologie, publiée en folio junior présente un panorama des femmes
poètes, des plus anciennes (Christine de Pisan, Louise Labé, mais
aussi Pernette du Guillet que je ne connaissais pas, même
de nom), aux contemporaines (Andrée, Chedid,
Gisèle prassinos, Annie Salager...).
En tout une trentaine
de poétesses qu'une notice biographique, très courte mais précise,
permet de situer et un florilège qui donne envie de se plonger plus
avant dans l'oeuvre de certaines de ces femmes souvent "brûlées"
par la vie...
06:20 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (16)
12/04/2007
"Faut oser !"
Paul Bergèse, même quand il était instituteur, était déjà poète et
faisait déjà écrire des poèmes à ses élèves (apprendre ses propres
poésies quand on est élève, quel bonheur !).
Paul Bergèse aime les mots, d'ailleurs, il a Les poches pleines de mots, Mots d'arbres ou pas.
Pour lui "...la poésie
comme un peu de soie
comme un peu de soi
vers l'autre"
alors,
il va dans les écoles, les festivals, les médiathèques, partout où l'on
l'appelle pour faire jouer les enfants avec les mots.
C'est un gourmand généreux qui partage son temps et son amour des mots mais aussi son amour des autres.
L'entendre lire est un régal alors, si vous voyez qu'il va venir par chez vous, n'hésitez pas !
Avec l'aimable autorisation de Paul Bergèse,quelques poèmes:
"Ce matin
le cerisier
de mon jardin
bat des ailes.
Seuls les pétales
s'envolent"
in Les poches pleines de mots
"Du cas
du kapokier moqueur
qui décriait les cris
du cacatois criard
qui le mot cpot ,
l'if en fit fi !
Il osa jaser
sur le jeu jovial
d'un vieux jacotjouteur
juché sur le jujubier
le jouxtant.
Le jacot ,dépité,
jura de le décapiter.
Et l'if fut
étêté."
in Mots d'arbres
Seu lproblème , lors de la rencontre avec le poète : devoir choisir entre tous les recueils de textes !
(comme souvent, ces textes poétiques sont difficiles à trouver mais quand on aime...)
06:15 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (24)